E-money

Le continent africain compte moins de 10 % d’individus bancarisés, soit environ 100 millions de personnes, pour une population totale de 1,2 milliard. Malgré – ou du fait de – ce manque de bancarisation, l’e-money connaît un grand succès sur le continent.

L’e-money est une solution qui combine accessibilité, échanges rapides et sécurité. Selon l’économiste congolais Jean-Baptiste Keza, le manque de bancarisation s’explique notamment par le manque de confiance de la population africaine vis-à-vis du système bancaire. Face au risque d’instabilité politique (vecteur d’insécurité pour les transactions bancaires), la possibilité de suivi des transactions en temps réel qu’offre l’e-money renforce la confiance. L’e-money crée une dynamique qui facilite les transferts d’argent et l’utilisation d’argent non-physique en Afrique.

L’e-money comme facteur de croissance de l’économie numérique

L’Afrique est le continent où la monnaie digitale a été la mieux accueillie (avec 105 millions de comptes actifs), et le marché s’ouvre aujourd’hui à de nouveaux investissements afin de développer un panel d’usages autour de cette digitalisation.

Par exemple, SimbaPay propose un service de transfert d’argent instantané entre le Kenya et la Chine à partir de l’application chinoise de messagerie mobile WeChat, dans le but de faciliter les partenariats et les échanges commerciaux entre ces deux pays. Environ 7 millions de clients (individus et entreprises) au Kenya utilisent ce service d’e-money (via l’application PesaPap de Family Bank).

Le potentiel du marché africain de l’e-commerce est estimé à 75 milliards USD à l’horizon 2025. Ce marché attire les convoitises d’acteurs européens tels que l’Allemand Rocket Internet (Jumia), le groupe suisse Ringier ou encore le Français Cdiscount, ceux-ci intégrant l’e-money à leurs plateformes en Afrique.

Ces opportunités sont impulsées notamment par l’engagement des pays auprès de l’Union africaine à développer leurs économies digitales. Lors de la dernière conférence de l’Union africaine en juillet 2018, il a été rappelé “l’urgence” de développer des services innovants et numériques.

Les initiatives se multiplient mais l’usage reste encore limité

Des entreprises locales émergent, et de grands groupes investissent pour développer ce type de solutions : le pionnier Safaricom avec M-Pesa, au Kenya, mais aussi des solutions proposées par les grands opérateurs (Airtel Money, Orange Money, MTN Mobile Money…). Néanmoins, le continent est confronté à une forte hétérogénéité en termes de maturité des populations et à des attentes différentes. À titre d’exemple, l’Afrique du Sud – avec un taux de bancarisation de près de 70 % – a vu Vodacom et MTN retirer leurs offres du marché en 2015. Dans les pays du Maghreb, les solutions d’e-money connaissent également des limites à leur adoption et à leur essor.

L’opérateur africain Expresso a, quant à lui, adapté les plafonds de paiement mensuel en fonction des profils clients pour favoriser la diffusion du paiement mobile au sein des classes moyennes.

Enfin, la question des monnaies non librement convertibles entre elles constitue un véritable obstacle. En effet, pour les paiements inter-pays, hors zones d’accords monétaires et à l’exception du Kenya et de l’Afrique du Sud, les opérations nécessitent le recours à des devises librement convertibles (tels que l’euro ou le dollar). Néanmoins, des sociétés telles que WeCashUp, start-up camerounaise lancée en 2015, tentent de dépasser ces obstacles avec une plateforme de paiement mobile universelle qui permet aux e-commerçants d’intégrer toutes les solutions de monnaie mobile à leur site Internet ou sur leur application mobile, à travers une API unique.

 
L'Afrique aux avant-postes de l'e-money
Densité des applications d'e-money
 
Une plateforme de paiement mobile universelle s’intégrant à plusieurs solutions de monnaie mobile
Fonctionnement de la plateforme WeCashUp
Source: WeCashUp